Pause séries : anneaux, dragons, genre et race

CHRONIQUE

La série « House of the Dragon » sur HBO.

Chacune à leur manière, les deux séries à grand spectacle du moment – House of the Dragon et Les Anneaux de pouvoir – se trouvent prises dans les débats sur la représentation des genres et des communautés. La violence des propos n’empêche pas les spectateurs de se précipiter par millions sur HBO Max (OCS en France) ou Prime Video, pour découvrir chaque semaine un nouvel épisode.

La masse même de cette audience exacerbe les controverses, conduisant, par exemple, les acteurs de la trilogie du Seigneur des Anneaux (réalisée par Peter Jackson, sortie en salle entre 2001 et 2003) à se solidariser de leurs collègues afro-descendants et latinos des Anneaux de pouvoir, victimes d’innombrables prises à parties racistes sur les réseaux sociaux depuis la mise en ligne du premier épisode, le 8 septembre.

House of the Dragon succède à une série plus récente. Game of Thrones (2011-2019) en son temps a dû faire face à de nombreuses remises en cause, au point d’infléchir sérieusement sa manière au fil des saisons, escamotant, par exemple, les séquences de « sexplications » au long desquelles des personnages masculins péroraient sur le sens de leur quête en compagnie de femmes nues (la réciproque restant une exception).

Traitement des personnages féminins

En reprenant le flambeau, les showrunneurs d’House of the Dragon, Miguel Sapochnik et Ryan Condal, ont promis qu’ils ne retomberaient pas dans les errements du passé. Il n’empêche que, de la sanglante séquence d’accouchement du premier épisode à la nuit quasi incestueuse que passent, trois épisodes plus tard, le prince Daemon (Matt Smith) et sa nièce Rhaenyra (Milly Alcock), le traitement des personnages féminins de la série a, comme au temps de Game of Thrones, suscité quelques indignations.

De toutes les contributions à ces débats, celle qui m’a été pour l’instant la plus utile est arrivée par un tweet de l’éditorialiste du New York Times Jamelle Bouie, qui donnait accès à un texte du philosophe américano-jamaïcain Charles W. Mills sur la nature raciste du Seigneur des anneaux (l’auteur traite ici des romans de J. R. R. Tolkien).

Autant que par les sagas scandinaves et la littérature anglo-saxonne dont se réclamait l’auteur, la Terre du milieu de Tolkien est façonnée par une lecture de l’histoire qui va des croisades à la colonisation en passant par la traite. Les remarques de Charles W. Mills qui établissent une équivalence entre les orques et les Africains sont particulièrement perturbantes pour qui a longtemps cru trouver dans Le Seigneur des anneaux un havre à l’abri des convulsions du présent. Et les efforts des créateurs des Anneaux de pouvoir pour diversifier la distribution de la série paraissent un peu vains face à la structure finalement très rigide dont ils ont hérité.

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