Les pompiers veulent repenser le modèle français de la sécurité civile, du financement à la doctrine

Les pompiers remplissent les citernes des camions à l’étang de la Levade sur la commune de Sainte-Helène, en Gironde, pour lutter contre un incendie, le 14 septembre 2022.

Soixante-cinq mille hectares partis en fumée mi-septembre, la plus grande surface brûlée depuis qu’on dispose de données consolidées sur le plan européen, soit 2006. Jusqu’à 10 000 pompiers mobilisés certains jours, 100 000 personnes contraintes de quitter leur habitation au cours des incendies de l’été, un matériel et des effectifs usés : la saison des feux a confirmé les craintes manifestées dès le printemps, avant même qu’un épisode caniculaire particulièrement marqué ne s’abatte sur le pays. Alors que le 128congrès national des sapeurs-pompiers doit se clôturer, samedi 24 septembre, à Nancy, professionnels et acteurs institutionnels s’interrogent sur la survie du modèle français de sécurité civile.

Incontestablement performant – cet été, 95 % des feux ont été traités avant de parcourir 5 hectares de végétation –, ce modèle se trouve dorénavant mis à mal par la récurrence d’épisodes climatiques extrêmes, la multiplication des feux sur tout le territoire, sa structuration même. Un système « à bout de souffle », estimait, début septembre, François Sauvadet, le président de l’Assemblée des départements de France (ADF). Il a lancé une « mission flash » sur le sujet, dont une partie des conclusions devait être présentée, vendredi, en marge du congrès des sapeurs-pompiers.

« Trouver de nouveaux équilibres »

« Le constat fait consensus, estime Jean-Baptiste Estachy, conseiller sécurité de l’ADF, avec une généralisation du risque qui impose de revoir à la hausse les moyens, aériens en particulier. » Au mois de juillet, en visite sur les lieux mêmes de l’incendie qui a détruit 7 000 hectares à la Teste-de-Buch (Gironde), Emmanuel Macron avait estimé nécessaire de renforcer la flotte française, composée de douze Canadair, sept avions Dash et trois bimoteurs Beechcraft. « Ce parc volant est clairement devenu insuffisant », explique-t-on à la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), qui plaide pour la mise en œuvre d’un dispositif de cinq appareils disponibles, à l’année, afin de détecter les mises à feu et les traiter aussi rapidement que possible. « Un guet aérien prêt à intervenir et des camions prépositionnés au sol pour attaquer immédiatement un départ de feu : c’est grâce à cette stratégie qu’on remporte des batailles », estime Grégory Allione, président de la FNSPF.

« Nous souhaitons porter de douze à seize le nombre de Canadair de notre propre flotte, a déclaré le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, à l’occasion de son audition par la commission des lois du Sénat, mercredi 21 septembre, pour la présentation de sa loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur. Mais le problème n’est pas de les acheter, c’est de les produire : il n’y a plus aujourd’hui d’usine qui le fasse. »

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