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Mardi 15 octobre

A 13 mois de la présidentielle 2020/ Selon Boni Claverie « Le processus électoral en cours serait sous la menace d’irrégularités »

Politique, 05.09.2019 17:15, vu 318 fois
Danielle Boni Claverie
Danielle Boni Claverie
La présidente de l’Union républicaine pour la démocratie (Urd), Madame Danielle Boni Claverie était face à la presse ce jeudi 5 septembre 2019, à Abidjan. Au cours de cette rencontre, Boni-Claverie a révélé d’énormes « régularités seraient en cours de préparation » qui pourraient inévitablement mettre à mal le processus électoral d’octobre 2020, « si l’on n’y prend garde ». Ci-dessous son discours intégral.
(…). Depuis déjà un moment, l’Urd tire la sonnette d’alarme pour dire que nous considérons inenvisageable la tenue d’élections en 2020 si les conditions d’un scrutin apaisé ne sont pas réunies.

Devant tant d’incertitudes, nos compatriotes expriment de nombreuses inquiétudes et beaucoup d’entre eux envisagent même de quitter la Côte d’ivoire à l’approche de cette élection de tous les dangers. Aujourd’hui, je ne vais pas m’attarder sur les indicateurs de mauvaise gouvernance, la corruption, le rattrapage ethnique et les dénis à la démocratie qui viennent contredire le discours vaniteux d’un succès macro-économique basé essentiellement sur un taux de croissance élevé. Derrière les opérations cosmétiques, nos compatriotes broient du noir et le pays se délite.

Mon propos va se scinder en 2 parties.

Premièrement, je vais insister sur les divisions qui défigurent notre pays et ne nous permettent pas d’aborder sereinement les tensions inhérentes à une élection présidentielle. Ensuite, je chercherai à débusquer ce qui se cache derrière ce que l’on considère comme une boutade mais qui est en fait une déclaration officielle. Le fameux « Tout est bouclé, tout est géré pour 2020 » auquel s’ajoute ce bout de phrase « et nous gagnerons au 1er tour ».Actuellement, les tensions politiques ont ressurgi. Le dialogue politique ne prospère plus et le passage en force du gouvernement à propos de la CEI se heurte et je m’en réjouis, au refus de l’opposition de désigner des représentants au sein de la Commission qu’ils récusent. Les syndicats se font la guerre, certains n’ayant comme objectif que d’être admis à la table du roi alors que d’autres, notamment dans le secteur des transports, défient l’autorité de l’Etat et imposent la loi de la jungle. La caporalisation de l’Assemblée Nationale, la vassalisation du Conseil Constitutionnel, un Sénat monocolore et inodore, l’implosion organisée des partis politiques de l’opposition, la chasse à nouveau ouverte contre les opposants, M. Bamba Moriféré obligé de fuir son pays, M. Guillaume Soro qui estime ne pouvoir rentrer dans son pays, sa sécurité étant menacée. La réconciliation toujours au point mort et la fervente attente jusqu’ici contrariée du retour du Président Laurent Gbagbo. La Presse elle-même avec ses divisions. Une grave crise secoue l’UNJCI en proie à la volonté du gouvernement d’en faire son instrument de propagande. Idem pour l’administration publique où les conditions d’accès aux postes de responsabilité sont soumises à une appartenance au RHDP. Notre jeunesse, désorientée, celle des petits boulots, du monde de la débrouillardise mais aussi un monde méconnu, une terra incognita, un magma invisible, inaudible la plupart du temps en dehors d’accès de colère plus ou moins légitimes. Ce sont les laissés-pour-compte de la République qui sous l’appellation de microbes ou de chinois terrorisent la population et gangrènent la société. Comment peut-on laisser toute une jeunesse sans espérance parce que sans avenir ? Il nous revient à nous dirigeants, classe politique, intellectuels de réveiller les parents de ces enfants qui ne sont pas nés d’une génération spontanée. La précarité ne peut excuser la démission des géniteurs. Il nous revient donc de leur donner des repères, des modèles, des valeurs, de multiplier les programmes de réinsertion professionnelle, d’instaurer un service civique qui en fera des citoyens responsables dotés d’un métier technique qui les sortira du chômage. Ne nous mettons pas un bandeau sur les yeux et parlons aussi de cette autre gangrène qui corrompt nos élèves et étudiants ; la tricherie aux examens. Certes, il faut sanctionner très sévèrement les tricheurs mais il faut également avoir le courage de rechercher les complices parmi les adultes, les surveillants corrompus ou tout autre acteur du système. L’année dernière, on s’était ému de la fraude au BTS. Aujourd’hui, les proportions de la fraude au baccalauréat 2019 ont atteint, nous dit-on, 6250 cas selon les chiffres officiels. Prenons conscience d’une chose ; lorsque la tricherie se banalise, elle fait des dégâts énormes. L’élève l’intègre dans son quotidien et fort de l’expérience acquise, s’adonne à l’âge adulte à des pratiques condamnables. Comment s’étonner de l’ampleur de la corruption, des escroqueries, des détournements de fonds alors que nos universités devraient être pourvoyeuses de cadres bien formés et intègres. L’émergence, qui à l’heure où je vous parle a disparu des discours officiels, s’appuie sur un certain nombre de valeurs pour que la relève soit assurée et que nos diplômes soient valorisés. L’impuissance des Ministères concernés est patente. Ils sont dans l’incapacité de réformer le système éducatif et nos enfants grandissent dans un environnement malsain. Tous ces éléments objectifs nous montrent bien que le pays va mal et qu’il va peut-être falloir envisager comme le font déjà certaines formations politiques, une transition à la fin du mandat du Président de la République. Mais là n’est pas aujourd’hui mon propos. Selon des informations en notre possession, le processus électoral en cours serait déjà sous la menace de graves irrégularités. Dans les coulisses de la République, il semblerait qu’une manipulation d’une grande ampleur se prépare qui violerait si l’on n’y prend garde, la sincérité du futur suffrage. En effet, depuis l’année dernière, l’Etat de Côte d’Ivoire a confié la confection de 32 millions de nouvelles cartes nationales d’identité pour une durée de 12 ans à SEMLEX, une société de droit belge dont 12 millions à livrer avant octobre 2020. Le montant de ce contrat est de 700 millions d’euros soit 460 milliards de francs cfa. Le 1er problème qui se pose à nous est en rapport avec la réputation de cette société. SEMLEX est au cœur du scandale des passeports biométriques congolais facturés à 185 dollars US, environ 100 000 frs CFA. Une affaire éventée par l’agence de presse britannique Reuters, il y a 2 ans et qui a valu à Semlex d’être visée par une enquête en Belgique pour blanchiment d’argent et corruption. Cette société a même été perquisitionnée par la justice belge. Indépendamment du volet judiciaire, 2 journalistes anglais ont mis en évidence dans une enquête fouillée sous le titre « le passeport le plus cher au monde », les pratiques douteuses de Semlex. Cette entreprise implantée dans plusieurs pays africains serait également impliquée dans la manipulation du listing électoral lors des récentes élections en RDC. Le 2ème problème concerne les partenaires techniques de cette société. Pour conduire cette opération, Semlex a créé une filiale ivoirienne dont je vous invite à rechercher les actionnaires. Vous y trouverez un homme d’affaires connu, déjà concessionnaire en 2009, de l’opération d’identification biométrique et de la confection de cartes d’identité avec la société Sagem. Egalement, une personnalité très proche du pouvoir détient à travers 2 sociétés une bonne partie des données biométriques grâce au monopole d’émission des passeports en Côte d’Ivoire. Cette personnalité a également la main sur l’enrôlement des Ivoiriens dans le cadre de la couverture maladie universelle (CMU). Cela s’appelle être juge et partie et c’est très gênant. Sans vouloir verser dans le dilatoire et la diffamation, au vu de ces éléments, on est en droit de se demander si les conditions d’équité sont réunies pour une élection transparente et juste. Le gouvernement projette aussi de doubler le nombre d’inscrits sur le listing électoral en le faisant passer de 6 301 189 à 12 millions d’électeurs avant octobre 2020. On peut là aussi se demander par quel mécanisme, selon quelle modalité, un tel objectif numérique a-t-il été déterminé. Faut-il le rappeler. En 2010, le collège électoral comprenait 5 784 490 électeurs. Le 1er tour de cette élection a enregistré 4 843 445 votants pour un taux de participation record de 83,73%. Le candidat du Rdr a obtenu 1 481 091 voix, soit 32,07% des suffrages exprimés. Au second tour, fort du report des voix de la coalition des partis politiques (Pdci, Udpci, Pit, Upci, Mfa) son score s’est élevé à 2 483 164 voix, soit 54% des suffrages exprimés. M. Ouattara a donc approximativement bénéficié de 1 million de voix supplémentaires. Concernant la présidentielle de 2015, sur la base des statistiques du RGPH, le Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2014, les tendances estimatives auraient dû donner le nombre de 9 020 891 d’électeurs âgés de plus de 18 ans. Le Ghana voisin dont la population est sensiblement égale à la nôtre, disposait d’un listing de 14 millions d’inscrits en 2012. Finalement, ici, en CI le collège électoral de 2015 n’enregistrera que 6 301 189 inscrits contre 5 784 490 électeurs en 2010.

Economie faite du détail, les observateurs ont estimé à environ 1 million de personnes, le nombre de nouveaux inscrits. Selon les chiffres livrés par la CEI, le candidat de la coalition au pouvoir, Alassane Ouattara a recueilli au second tour 2 618 229 voix pour un taux de participation de 58,86%.

Mis en parallèle avec les chiffres du 2ème tour de la présidentielle de 2010, ce score permet de comprendre que le Président sortant n’a progressé que de 135 000 voix supplémentaires en 5 ans. Ce, en dépit du million de nouveaux inscrits. Quels enseignements peut-on dégager ?

La base électorale du RDR reste au même niveau, soit à peu près 1 500 000 électeurs que ce soit en 2010 ou en 2015.

La base électorale de la coalition des partis n’a évolué que faiblement. Son apport est resté le même qu’en 2010. Il n’a gonflé que de 135 000 électeurs. D’où vient alors la certitude de victoire du Rhdp quand, au Nord du pays, l’ex- Président de l’Assemblée Nationale, M. Guillaume Soro va détourner une partie de l’électorat RDR et que dans le centre, le Pdci va rester sur ses acquis. D’où notre suspicion légitime et nos craintes de manipulations du listing électoral. L’heure serait-il au détournement du collège électoral pour s’attribuer une majorité factice ? Nous sommes fondés à nous demander par quelle alchimie le RDR peut-il réunir une majorité correspondant à plus de 4 fois les 1 500 000 voix de 2010 et 2015. Nos craintes sont également décuplées par l’annonce faite par le Chef de l’Etat, lorsqu’il a évoqué son intention de procéder à de « petites modifications constitutionnelles ». Il n’y a pas de « petites modifications », il n’y a pas de retouches ni de petits réglages lorsqu’on parle de la Loi fondamentale. Il n’y a que des amendements. On parle également de la possibilité que soit exigée la signature d’une trentaine d’élus. Le candidat du parti de Laurent Gbagbo serait exclu puisqu’il n’a pas d’élus. Le Pdci rencontrerait des difficultés, ses élus pouvant être l’objet de menaces. Exit également Guillaume Soro qui n’atteindrait pas le quota des signatures exigées. Certes, ce ne sont encore que des suppositions mais il n’y a pas de fumée sans feu. Il serait donc vraiment inconvenant que l’on puisse à 13 mois de l’élection présidentielle modifier les conditions d’éligibilité et que celui qui décide de ces amendements puisse se positionner comme un futur candidat. Il y a conflit d’intérêt. Et l’égalité des citoyens devant la loi n’est plus respectée. D’autre part, en exigeant la somme de 5 000 frs pour acquérir la CNI, on impose une exclusion par l’argent. Comment nos populations rurales dans l’état de dénuement dans lequel elles se trouvent pourront-elles payer une telle somme pour se faire identifier, qui avec les frais de transport et frais annexes pourrait monter jusqu’à 15 000 frs. Ils seront donc exclus du scrutin de 2020 et comme la nature a horreur du vide, je vous laisse imaginer ce qu’il peut se passer. De toute façon, c’est bien M. le Ministre Adjoumani qui nous a avertis en affirmant que « nous au Rhdp, on n’a pas peur d’enrôler les étrangers pour constituer notre électorat ». Nous ne pouvons-nous payer le luxe d’un autre drame humain. Les stigmates de la crise électorale de 2010 sont encore vivaces dans notre mémoire collective. Au-delà de la lutte pour la conquête ou la conservation du pouvoir d’état, les enjeux sont de deux sortes. D’abord, il y va de la préservation de l’équilibre démographique de notre pays et ensuite de la nécessité de la paix dans la sous-région ouest africaine. Une déstabilisation de la Côte d’Ivoire, alors que notre pays est confrontée à la menace terroriste ne ferait que rajouter à la volatilité de la situation. C’est pourquoi, l’URD par ma voix interpelle le gouvernement ivoirien dont la responsabilité est pleinement engagée. L’URD en appelle au rassemblement de toute l’opposition face à ces défis dont le traitement efficace oblige à un changement de posture. L’URD lance un appel à la Communauté internationale pour son implication sérieuse dans la recherche de solutions pour l’organisation d’élections véritablement démocratiques en Côte d’Ivoire. Enfin, mon parti, l’URD invite les Ivoiriens et les Ivoiriennes à une grande vigilance pour faire barrage à toutes manœuvres en vue de confisquer le pouvoir. Je veux croire qu’il n’est pas utopique de penser qu’il est temps de redonner de la valeur au mérite et à l’intégrité morale des cadres et travailleurs de notre pays. Il est l’heure de repenser la Côte d’Ivoire. Le seul gage de paix et de stabilité auquel peut se raccrocher la Côte d’Ivoire en ces temps troublés est de rouvrir le dialogue politique et que toutes les forces vives de cette nation y participent. Il y a grand mérite, quand on fait fausse route, à savoir reculer.Que le Seigneur veille sur chacun d’entre vous.

D. BONI-CLAVERIE.

Source : sercom

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